Des "doggy-bags" pour les réfugiés : la solution de Patrice au gâchis alimentaire

Bénévole auprès de réfugiés, Patrice est aussi client du self-service de l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris. En prenant son repas et en voyant tous ceux qui sont jetés car pas consommés il a eu une idée : pourquoi ne pas donner cette nourriture aux réfugiés qui vivent sous les métros parisiens et qui manquent de tout ?

Il a donc lancé une pétition adressée à Martin Hirsch, le directeur de l'AP-HP pour qu'il organise cette distribution. 

Entretien avec cet utopiste aux solutions concrètes.

 

- Pourquoi avoir lancé cette pétition ?


C'est en tant que simple citoyen que j'ai lancé cette pétition. Parce que chacun d'entre nous, qui que nous soyons, où que nous soyons, peut faire quelque chose. Pourquoi ? Parce qu'il y a un moment où l'indifférence, le silence, l'inaction revient à consentir à ce qui se passe, à s'en faire les complices. Quand cela commence à vous empêcher de dormir, on peut continuer à faire l'autruche, mais on peut aussi passer à l'action.


 
- Que demandez-vous exactement ?


Pas grand chose. Une sorte de minimum moral. De quoi pouvoir continuer à garder la tête haute : qu'au lieu de jeter nos surplus alimentaires, nous en fassions des "doggy-bag" comme cela se pratique ailleurs depuis des décennies. La seule différence ici est une différence d'échelle, mais cela s'organise.


 
- Pensez-vous que Martin Hirsch répondra positivement à votre appel ?


J'en suis sûr car c'est une chance, une opportunité nouvelle de s'engager dans une autre dimension du soin qui fait déjà la grandeur de l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris. Nourrir fait partie des tous premiers soins que nous dispensons à nos enfants.
 


- Pourquoi avez-vous décidé de vous engager au profit des populations réfugiées?


Honteux de vivre dans un pays incapable de se souvenir de sa propre histoire, j'ai tout simplement décidé il y a quelques mois de lancer une première action en faveur d'une petite ONG travaillant avec des femmes dans la jungle de Calais. Puis je me suis moi-même rendu à Calais et Grande-Synthe pour rendre compte, à travers un blog de ce que j'allais y voir. Que chacun puisse entendre une autre voix que celle de certains organes de presse qui ne savent pas de quoi ils parlent.

Après quoi, j'ai organisé il y a tout juste quelques jours une "traversée de la nuit" dans un petit village de Bourgogne durant laquelle étaient proposés concerts, débat, projections de films, le tout au profit d'un nouveau projet une fois encore à destination des femmes réfugiées de Calais.

Et je ne pense pas que les choses s'arrêtent maintenant. C'est dire que chacun peut en faire autant, suffit de regarder autour de soi et de décider de s'y mettre.


 
- Quel message voulez-vous envoyer aux décideurs politiques sur ce sujet ? Aux populations concernées ?


Ce sont eux qui devraient nous donner l'exemple. Je n'ai pas de message particulier à leur faire passer. Ils ont décidé de se situer ailleurs, loin de la réalité et nous ne parlons pas la même langue. Tant pis, nous ferrons sans eux.
Quant aux "populations concernées", je ne peux que leur redire ma honte.


 
- Avez vous un conseil pour une personne qui souhaite lancer une pétition ?


Au moment d'hésiter, rappelez-vous d'une seule chose : "nous ne sommes pas seulement responsables du mal que nous faisons, nous sommes aussi responsables du bien que nous ne faisons pas" (Hannah Arendt).

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NB : Patrice n'en est pas à sa première pétition. Il a déjà obtenu que le camp humanitaire organisé par le maire de Grande Synthe ne soit pas détruit grâce à une mobilisation sur Change.org qu'il a organisée.