Journée internationale des peuples autochtones - "J’attends un acte symbolique"

Alexandre SOMMER-SCHAECHTELÉ a lancé il y a 6 mois une pétition demandant à l’Etat français de reconnaître les droits des peuples amérindiens de Guyane française. Pris entre précarité, pollutions environnementales et manque d’accès à la santé et à l’éducation, les amérindiens de Guyane sont pour Alexandre les “abandonnés de la République”.

A l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, entretien avec Alexandre qui nous explique où en est sa campagne et le message qu’il souhaite faire passer en cette journée symbolique pour tous les amérindiens de Guyane française.

Tu es très actif dans la défense des peuples amérindiens, peux-tu nous expliquer pourquoi c’est important pour toi ?

Pour moi c’est une action citoyenne et importante, étant moi-même amérindien, mon grand-père était chef coutumier du village Paddock, un village Kalina, une population amérindienne de Guyane. 

Je suis allé en métropole faire des études de droit et quand je suis revenu en Guyane je me suis rendu compte que les droits des Amérindiens n’étaient pas respectés, alors que le droit coutumier est un droit ancestral qui existait bien avant que la Guyane soit administrée par la France.

Même en Guyane les communautés amérindiennes sont ignorées car elles représentent une minorité, ce n’est que 4% de la population Guyanaise. Cette population vit souvent dans la précarité, elle n’a pas accès à l’éducation, à la santé ... sur tous les plans il y a un niveau de vie qui n’est pas comparable à la métropole alors que ce sont des citoyens français à part entière depuis 1946.

Pourquoi as-tu décidé de lancer une pétition en ligne sur notre site ?

Je me suis demandé comment je pouvais aider cette population amérindienne grâce à mes connaissances en droit. Je me suis dit que je pouvais essayer de les défendre. Je me suis engagé dans le secteur associatif et un jour j’ai entendu parlé de Change.org et je me suis dit que c’était une bonne manière de faire connaître cette problématique au plus grand nombre.

Peu de gens savent qu’il y a des amérindiens sur le territoire français, c’était donc un moyen de leur faire connaître l’existence de cette communauté et de ses problèmes et leur donner la capacité d’agir pour les aider.

J’avais vu sur Change.org émerger d’autres sujets qui avaient recueili beaucoup de signatures et aussi créé des changements concrets. Je me suis rendu compte qu’il y avait moyen d’interpeller le gouvernement et les élus pour faire changer les choses.

Je me suis dit que je devais essayer, et au moins j'obtiendrais de mettre le sujet en avant en Guyane, en France et même à l’étranger, puisque j’ai obtenu des signatures de partout dans le monde. Je suis moi-même surpris de voir le nombre de personnes qui ont signé.

Que s’est-il passé depuis que tu as lancé la pétition  ?

Avoir lancé cette pétition m’a permis d’attirer l’attention de la Ministre de l’Outre-mer à qui j’ai remis les signatures de la pétition le 31 mars dernier. 

Sur le moment j’ai eu beaucoup d’espoir que des actions soient prises rapidement. Mais malheureusement aujourd’hui, le 9 août, date de la Journée internationale des peuples autochtones je n’ai toujours aucune réponse concrète de l'État.

J’attend toujours qu’ils acceptent de ratifier la Convention n°169 de l'Organisation Internationale du Travail qui est le seul instrument juridique permettant l'application des droits autochtones en France.

L’objectif est de reconnaître les droits des peuples mais aussi de réagir aux urgences : construire des écoles dans les villages isolés, des hôpitaux, améliorer l’accès à l’emploi, agir contre l’orpaillage illégal qui pollue les fleuves et contamine ces populations fragiles….

J’espère qu’aujourd’hui l’Etat nous donne une réponse. A minima j’espère un acte symbolique qui prouve leur volonté d’avancer comme par exemple envoyer une mission en Guyane pour trouver des mesures à prendre en urgence pour la santé et l’éducation de ces populations, et pas dans 4 ans, maintenant ! 

J’ai eu la chance de faire des études et de trouver un travail mais aujourd’hui il y a des Amérindiens en Guyane qui vivent dans des conditions inacceptables alors que ce sont des citoyens français ! C’est déjà difficile pour les Guyanais mais c’est encore pire pour les Amérindiens.

Je pense que ça mérite que l’Etat s’y intéresse.

Il y a déjà le Sénateur de Guyane qui a formé un groupe de travail avec des juristes experts en droit autochtone pour écrire un projet de loi pour reconnaître le droit amérindien en l’intégrant dans le droit français. C’est compliqué car le droit français dit que tous les citoyens français sont égaux en droit devant la République donc on ne peut reconnaître un droit ethnique. Le seul cas c’est les Kanaks depuis les accords de Nouméa - donc c’est possible mais il a fallu une réforme de la constitution. J’espère que ca aboutira car ce serait un petit pas dans la reconnaissance du droit des amérindiens.

Que compte-tu faire en cette journée symbolique ? 

Je vais profiter de cette journée pour rappeler aux signataires que je reste mobilisé et que je vais continuer à agir. Je veux leur dire que je vais continuer à rencontrer des élus et que je reste en contact avec les parlementaires qui représentent la Guyane.

Je veux remettre le sujet en avant car depuis mars comme moi les signataires sont en attente de réponse - mais je n’en ai pas eu et je veux pouvoir leur donner du nouveau, et relancer le débat.

Il faut savoir que cette journée Internationale des peuples autochtones a été créée par l’ONU depuis 1994 mais en Guyane les journées autochtones n’en sont qu’à leur 6ème édition en Guyane française. Cette manifestation est organisée localement mais pas reconnue nationalement. C’est une initiative politique qui a été mise en place par la région mais aujourd’hui le défi des Amérindiens est d’en faire une journée clé, comme au Suriname où cela a été reconnu et c’est devenu un jour férié. Notre objectif est d’ancrer cette journée comme un jour fériée comme l’abolition de l’esclavage.

Aurais-tu un message aux populations autochtones de Guyane en cette journée ? 

Il faut rester unis et persévérant car cela fait des années que, bien avant moi, des chefs coutumiers et des leaders avaient pris la parole. En fait depuis 1984 où il y a eu le premier mouvement autochtone en Guyane, donc ça fait des années qu’on veut faire changer les choses et faire entendre nos voix en France. Les années passent mais rien ne change.

Donc mon message c’est rester persévérant et de rester tous unis pour parler d’une seule voix et être entendus.

Il faut qu’on gagne ce combat de reconnaissance de nos droits coutumiers.

Ce n’est pas impossible. On peut y arriver !